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Triomphe au Théâtre de Paris

le 28 septembre

 

FMD Production

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Interview de David sur son expérience en maison de retraite :

Comment as-tu été amené à travailler dans une maison de retraite ?

- En 2005, alors que je ne gagnais pas suffisamment ma vie en tant qu'artiste, je me suis orienté vers l'ANPE, qui m'a proposé un Contrat Avenir en tant qu'animateur dans une maison de retraite de la Ville de Paris, en décembre 2005. Cela m'a semblé intéressant de pouvoir allier mon métier de comédien à l'aide aux personnes en difficulté, de pouvoir apporter de la joie et de la bonne humeur à ceux à qui cela manque beaucoup, même si c'était une population et un domaine que je ne connaissais pas du tout.

Comment se sont passés les débuts de ton travail ?

 - A mon embauche, on m'avait parlé de personnes âgées, à qui je pourrai proposer des animations diverses... mais j'étais loin d'imaginer qu'il y aurait autant de personnes si dépendantes. Ma première journée a été très dure : j'ai été confronté à la maladie, au handicap, aux blouses blanches... tout en apprenant que j'avais la responsabilité de l'animation d'un bâtiment entier soit plus de 150 résidents. Cela m'a sérieusement déstabilisé. J'ai donc vu très vite la réalité dans laquelle j'étais plongé. Mais il fallait de toute façon que j'assume ce travail et petit à petit je suis donc rentré en contact avec les soignants en me présentant et en m'intéressant à chaque métier, car personne ne m'a réellement aidé à cela.

Et surtout, je suis allé à la rencontre des résidents. J'ai commencé par me présenter à eux, leur dire bonjour le matin. N'ayant aucune formation et aucune compétence dans ce domaine, je me suis donc complètement désintéressé de leur maladie et je les ai abordé très simplement, en échangeant quelques mots avec eux le matin, en allant acheter le journal et en le lisant avec eux, en proposant à ceux qui le voulaient de jouer aux cartes, en les accompagnant à l'extérieur...

Très vite, les résidents se sont confiés à moi en m'exprimant leur douleur et leur mal-être auxquels je ne savais pas vraiment quoi répondre sinon essayer de leur changer les idées et en restant à leur écoute.

As-tu réussi à t'adapter à ce travail ?

 - Très vite, je me suis rendu compte que j'étais dans une démarche complètement différente de la majorité des collègues avec qui je travaillais. J'étais en décalage par rapport à tous les protocoles et les théories appliquées par les soignants.

Dynamique et joyeux, c'est ce que les résidents appréciaient, tout comme le fait de s'intéresser à eux et de prendre le temps de les accompagner. J'essayais de leur donner les moyens d'arriver à ce dont ils avaient besoin et ce dont ils avaient envie : en accompagnant par exemple un résident acheter ses cigarettes, où en allant acheter des biscuits au supermarché pour une dame en fauteuil roulant et ne pouvant s'y rendre seule. Je ne voyais pas l'intérêt de leur proposer des activités qui ne les intéressaient pas. Pourtant, je sentais bien qu'on attendait de moi des animations telles que des activités manuelles, comme on en voit régulièrement dans les maisons de retraite. Mais je reste persuadé que mon action de leur laisser un espace de parole libre, de créer des liens avec eux en cassant la distance permanente mise entre les patients et les soignants, de créer des liens entre eux, était aussi primordiale.

Ce qui a été difficile, c'est d'observer beaucoup de choses insupportables, ce que les résidents subissaient.  Beaucoup des membres du personnel ne cherchait pas à savoir ce que pouvait penser ou ressentir les résidents, ils deviennent des objets.

Peux-tu préciser ?

 - C'est difficile de décrire ce qui se faisait, car bien sûr, les résidents n'étaient ni frappés, ni privés de repas, ni promenés tous nus dans les couloirs. Quoique... lorsque l'on n'aide pas une personne correctement à marcher, à faire sa toilette, ou s'habiller lorsqu'elle a du mal à se mobiliser, on peut très vite lui faire mal. Quand la personne n'aime pas ce qu'on lui sert à manger parce qu'on ne n'écoute pas ses goûts, ou qu'on ne l'aide pas à manger quand elle n'arrive plus à tenir la cuillère, qu'on lui enlève le plateau alors qu'elle n'a pas terminé parce qu'elle va moins vite... Quand on rentre dans la chambre d'une personne sans frapper ou qu'on laisse la porte ouverte pendant la toilette, il ne reste plus beaucoup d'intimité.

C'était à chaque minute, dans chaque coin de couloir, des situations impensables. Des résidents pouvaient rester seuls dans leur chambre pendant des heures, ou alors alignés en rangs d'oignons sur les fauteuils roulants, tous les jours à la même place, aux côtés des aides-soignants qui ne manquaient pas de regarder "Les feux de l'amour" à la télé dans le couloir, bien installées sur leur chaise et ne se préoccupant pas de la petite mamie en déambulateur et pas très sûre d'elle qui cherche une place pour s'asseoir. 

Combien de chaussons ou de chaussures trouve-t-on à l'envers... c'est sûr que la chaussure gauche sur un pied droit, ce n'est pas très facile pour marcher.

Et j'en passe, car je pourrai vous en raconter plusieurs pages.

Comment as-tu réagi ?

 - J'en ai parlé autour de moi, aux collègues qui n'étaient pas dans cette dynamique et avec qui j'avais lié une certaine collaboration. En même temps que je lui demandais des moyens pour pouvoir assurer ma fonction d'animateur et en présentant mes projets d'animation comme elle me l'avait demandé, j'ai exposé ce que j'observais comme dysfonctionnements à la directrice de la maison de retraite.  A ce moment là, je pense que je suis devenu vraiment trop dérangeant et je me suis aperçu que j'avais mis les pieds là où il ne fallait pas, dans un univers bien caché. D'ailleurs mon projet d'animation a été rejeté. C'est aussi à ce moment là qu'on m'a accusé d'avoir volé de l'argent à une résidente : 800€ !

Plusieurs fois j'ai sollicité un entretien avec la directrice, mais je n'ai jamais eu aucune réponse. N'ayant aucun retour, j'ai sollicité l'adjointe au Maire de Paris chargée des personnes âgées, les responsables du Centre d'Action Sociale de la Ville de Paris. Et là encore, aucune réponse.

Le 27 décembre 2006, en arrivant au travail, j'apprends que je suis mis à pied. Cette mesure, demandée par les responsables de l'établissement et l'adjoint à la sous-directrice des services aux parisiens retraités, m'a interdit du jour au lendemain, de me rendre sur mon lieu de travail, sans même pouvoir dire au revoir aux résidents. Les raisons évoquées : je n'avais pas fait preuve de mon efficacité, j'ai compromis le bon fonctionnement du service public, les résidents se seraient plaints, inquiets de mon comportement, absences répétées...

Pour me protéger, j'ai demandé le soutien d'un avocat et Me Gilbert Collard a accepté de me défendre.

A ce moment là, alors que j'étais en bonne relation avec le personnel, les seules personnes qui m'ont soutenu se sont comptées sur les doigts d'une main. Une enquête complémentaire a été faite, cela a pris 5 mois au bout desquels j'ai été réintégré puisque ce qui m'était reproché n'a pas été justifié. Cela voulait donc dire que je devais retourner travailler dans la maison de retraite, mais au vu de la tournure des choses, c'était devenu impossible. D'un commun accord avec la direction, il a été décidé qu'il était préférable que je sois affecté à un autre poste, dans un autre établissement.

Mais jusqu'au 30 novembre 2007, date de fin de mon contrat, aucune affectation ne m'a été proposée même avec mes recherches et démarches personnelles.

En parallèle, j'avais également informé la DDASS, qui ne m'a jamais répondu, et porté plainte au commissariat. Le procureur a classé l'affaire car "l'examen de la procédure n'a pas permis de caractériser suffisamment l'infraction".

Que tires-tu de cette expérience ?

- Tout d'abord, je n'en suis pas au bout. Après avoir été mis au placard pour avoir dénoncé des faits de maltraitance envers des personnes âgées vulnérables et en mettant le doigts sur des dysfonctionnements sur lesquels on ferme les yeux, je ne peux pas en rester là et vais relancer la procédure judiciaire jusqu'au bout à l'encontre de la directrice, du directeur des ressources humaines de cette résidence et l'adjoint à la sous directrice des Services aux Parisiens retraités de la Ville de Paris, pour tous les propos mensongers qu'ils ont colporté sur moi afin de me détruire et mettre mon travail plus bas que terre. Dommage, ce métier me plaisait en complément de mon métier d'acteur, et c'est un  métier d'avenir.

Par ailleurs, cela m'a donné l'idée d'en faire un spectacle en hommage à mes amis "les vieux", une autre façon de communiquer ce problème au grand public et de renouer avec mon métier de comédien. Longue vie à ce spectacle !

 

     " Malheureusement la maltraitance que l’on observe est le plus souvent destinée aux personnes les plus vulnérables, dont la dépendance est physique et surtout psychique, les résidents qui n’ont pas les moyens d’exprimer verbalement, par écrit ou parfois même oralement ce qu’ils ressentent.

      Prenons l’exemple que j’ai observé d’une dame qui a la maladie d’Alzheimer (ce qui représente une part non négligeable des résidents accueillis), avec une incompréhension totale des situations, la perte de mémoire étant telle qu’elle ne se souvient que de son enfance et avec une angoisse terrible puisqu’elle ne sait pas où elle se trouve au moment présent ni ce qu’elle est, ce qu’elle doit faire, ni qui est en face d’elle. Lorsqu'une aide-soignante l’installe dans son fauteuil roulant, elle commence à pleurer en appelant « maman, maman ! », certainement dans le même but qu’un enfant, pour demander l’apaisement de son angoisse, une protection maternelle.

      Quoi de plus inconcevable et brutalisant de la part d’un soignant qui a une formation dans ce domaine qui lui répond haut et fort et d’un ton sec et méprisant : « Oh, taisez vous ! ». Cela ne peut qu’accentuer la tristesse et l’anxiété présente chez elle, comment cette dame va-t-elle pouvoir exprimer ce qu’elle a ressenti à ce moment là ? Certainement en étant encore plus livrée à son passé et à ses angoisses.

      C'est ce genre de situations que j'ai dénoncé car elles sont nombreuses, parfois à cause du manque de personnel mais aussi parfois à cause de leur négligence des personnes que les soignants sont censés accompagner au quotidien. "

David

Décembre 2006 :

En complément de son métier d'acteur, avec la Ville de Paris, David a travaillé comme animateur auprès des personnes âgées dans une maison de retraite. Il s'occupait de 140 résidents.

        "Je remercie la Ville de Paris pour toute la confiance que l'on m'a accordé, ce qui me permet de continuer mon métier d'acteur. Quel bonheur de pouvoir apporter ma joie de vivre et plein de bonheur à ces personnes qui ont un passé et beaucoup apporté à la France, qui ont tous des parcours différents et la plupart des vies pas faciles. Ce métier est à mon avis un métier d'avenir pour les artistes au lieu d'être intermittent du spectacle. J'ai découvert avec grande surprise un contact très agréable avec les personnes âgées, et je fais ce métier avec mon coeur et le respect que je leur dois.

        Par le biais de ce travail j'ai été très heureux de travailler en collaboration avec l'association des Petits Frères des Pauvres , qui vient en aide aux personnes souffrant d'isolement, de pauvreté matérielle, de précarités multiples et qui intervient en priorité auprès des personnes de plus de cinquante ans. " (Septembre 2006)

        David a apporté un dynamisme en accompagnant les résidents tout au long de la journée, en commençant par le bonjour du matin, des discussions autour de l'actualité, des activités de jeu, un accompagnement au self ou à l'extérieur, chez le coiffeur, la lecture de leur courrier, l'aide à se servir du téléphone ou pour leurs démarches administratives, etc...  

 

 

David et Pierre Samson, résident et ami de David

 

 

Laëtitia Drapier (médecin) et Pierre Samson

 

Photos souvenir, Octobre 2006.

 

 

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